Une approche globale pour la santé humaine et animale

« Avec une approche globale allant de la ferme, à l’alimentation, à la santé, l’usage des antibiotiques peut être considérablement diminué à l’échelle mondiale – avec une productivité équivalente voire même améliorée. »

Knut Nesse, CEO – Nutreco, lors de la rencontre de haut niveau organisée à New York par les Nations Unies sur la résistance aux antibiotiques

Tout comme les bactéries ne connaissent pas de frontière, il n’existe pas de frontière entre la santé humaine et la santé animale. Cela a conduit la FAO, l’OIE et l’OMS à collaborer pour rédiger un support tripartite (Tripartite Concept Note) abordant les risques sanitaires pour l’animal, l’homme et l’écosystème.

Des bactéries sont constamment échangées entre les animaux et l’homme. Les animaux peuvent être porteurs d’agents infectieux et contracter un certain nombre d’infections qui sont similaires, voire identiques, à celles dont l’homme peut être victime. Dans certains endroits, l’élevage intensif de bétail, de poissons et de fruits de mer, et les soins prodigués à des milliards d’animaux de compagnie ont recours aux mêmes types d’antibiotiques que ceux que l’on utilise chez l’homme. Les antibiotiques sont souvent utilisés pour traiter les animaux malades, mais on les utilise également parfois de manière préventive pour protéger les animaux en bonne santé lorsqu’ils sont en contact avec des animaux malades ou lorsqu’ils sont déplacés ou exposés à d’autres facteurs de stress. (ref.33) Il arrive aussi que les antibiotiques soient utilisés comme des facteurs de croissance chez les animaux d’élevage, même en l’absence de maladie : le bénéfice de cette pratique est sujet à controverse et elle a été partiellement ou totalement interdite dans un certain nombre de pays, notamment au Mexique, au Brésil, en Australie, en Nouvelle Zélande, au Vietnam et dans l’Union Européenne. L’OMS recommande que les agriculteurs et l’industrie alimentaire cessent d’utiliser systématiquement des antibiotiques pour favoriser la croissance et prévenir les maladies chez les animaux sains (ref.115).

Selon la FAO, chaque année, 62 milliards d’animaux sont utilisés pour la production de viande, de lait et d’œufs, un chiffre qui devrait doubler d’ici à 2050. Dans de nombreux pays, le nombre de poulets et de bovins est largement supérieur à la population humaine. À l’échelle planétaire, la biomasse totale des animaux d’élevage représente deux fois et demi celle de la population humaine. (ref.34) Il n’est par conséquent pas surprenant que la majorité des antibiotiques vendus dans le monde soient utilisés par les industries de la viande, du lait et de l’aquaculture. Par ailleurs, au cours des dix dernières années, l’accroissement de la consommation mondiale de viande a entraîné une augmentation de 70% de la consommation d’antibiotiques chez les animaux. (ref.53) Dans certains pays, la proportion des antibiotiques consommés par l’élevage s’élève à 80%. (ref.35)

Un portail web « guichet unique »

Le département américain de l’Agriculture a lancé un portail web « guichet unique » pour fournir de l’information sur l’approche « Une seule santé – One Health ». Ce site a pour objectif de contribuer à former et éduquer les professionnels de la santé animale sur les différentes questions relatives à la résistance aux antibiotiques et se concentre sur trois domaines principaux : résistance antimicrobienne, grippe aviaire, grippe porcine.

Il est difficile d’évaluer l’impact des maladies dues aux bactéries résistantes aux antibiotiques dans le secteur vétérinaire et ses conséquences sur l’homme au niveau mondial. Toutefois, dans les pays où des données sont disponibles, l’utilisation des antibiotiques chez les animaux d’élevage va en règle générale de pair avec la résistance aux antibiotiques des agents pathogènes pouvant infecter l’homme. Dans son rapport « Tackling antibiotic resistance from a food safety perspective in Europe » publié en 2011, l’OMS indique que la résistance des bactéries alimentaires Salmonella et Campylobacter est sans conteste liée à l’utilisation des antibiotiques chez les animaux destinés à l’alimentation et que les intoxications alimentaires provoquées par ce type de bactéries résistantes sont bien documentées chez l’homme.

Le rapport conjoint de l’ECDC, de l’EFSA et de l’EMA a exposé toute une série de corrélations entre la consommation par les humains et les animaux d’élevage et la survenue d’une résistance aux antibiotiques chez les bactéries. (ref.36) (ref.107) Par ailleurs, une surveillance approfondie dans les abattoirs et les points de vente menée dans 28 pays de l’UE en 2016 a montré des niveaux très élevés de multirésistance dans certaines souches de Salmonella. (ref.37)
Pour aider les pays à appliquer une approche « Une seule santé », le Groupe consultatif de l’OMS sur la surveillance intégrée de la résistance aux antimicrobiens a élaboré quelques recommandations. (ref.108) Ce groupe recommande d’adopter des mesures basées sur la meilleure évidence scientifique, qui elle-même repose sur la surveillance de :

  • La prévalence de l’antibiorésistance dans différents réservoirs
  • L’évolution de l’antibiorésistance
  • Les associations existantes entre la résistance aux antibiotiques et la consommation d’agents antimicrobiens

La restriction de l’utilisation d’antibiotiques chez les animaux destinés à l’alimentation a souvent conduit à une réduction de la présence de bactéries résistantes chez ces animaux. (ref.109)

La viande sans antibiotique, une nouvelle tendance ?

Certains restaurants et chaînes de restauration rapide commencent à proposer des viandes garanties « sans antibiotiques ». Le grand public étant de plus en plus sensibilisé au problème de la résistance aux antibiotiques, cela pourrait devenir une tendance de fond. Élever des animaux sans antibiotique pourrait être plus coûteux dans certaines régions ou pays, mais de nombreux consommateurs sont prêts à payer plus pour consommer des aliments ne contenant pas d’antibiotiques ou de bactéries résistantes.

Vidéo d’Euronews sur l’usage des antibiotiques dans une ferme porcine en Catalogne.

Les bactéries et l’environnement

Tous les secteurs environnementaux sont reliés. Les hommes et les animaux échangent continuellement des bactéries pathogènes ou non pathogènes, résistantes aux antibiotiques ou non. Ces bactéries peuvent facilement se retrouver dans l’environnement par différentes voies.

La propagation de la résistance aux antibiotiques

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L’homme, les animaux domestiques et les exploitations d’élevage et piscicoles dépendent de classes d’antibiotiques similaires pour lutter contre les maladies infectieuses. Les bactéries tant pathogènes que non pathogènes évoluent ou se transmettent la capacité à survivre lorsqu’elles sont exposées à ces antibiotiques. Elles peuvent ensuite se propager dans l’environnement par différentes voies, p. ex. via les systèmes d’assainissement de l’eau (1) car les stations d’épuration des eaux usées n’éliminent pas entièrement les bactéries résistantes aux antibiotiques avant de rejeter l’eau dans le milieu naturel. Une autre voie de transmission courante est l’épandage d’engrais animal (fumier) contenant des bactéries résistantes dans des champs cultivés (2) où les bactéries peuvent se multiplier sur les plantes (3).

Ces bactéries résistantes peuvent alors être transmises via la chaîne alimentaire, lorsque par la suite, l’homme consomme ces plantes (4) ou la chair d’animaux et de poissons contaminés par ces bactéries (5). Les bactéries pouvant facilement atteindre les réserves d’eau, les infrastructures de distribution d’eau représentent une autre voie de propagation des bactéries résistantes (6). Même les animaux sauvages, les insectes et autres petites bêtes sont susceptibles d’être porteurs de bactéries résistantes aux antibiotiques (7). Toutefois, ce sont le tourisme, les mouvements migratoires et les importations alimentaires (8) qui ont été décrits comme étant la manière la plus rapide de disséminer les souches de bactéries résistantes à travers les frontières.

Au niveau des établissements de santé, les bactéries résistantes peuvent se transmettre par contact entre les patients ou via le personnel soignant, ou encore par l’intermédiaire de surfaces et de dispositifs médicaux ayant été contaminés.

Réservoirs de bactéries résistantes aux antimicrobiens

La transmission des bactéries résistantes par l’intermédiaire des produits alimentaires est une voie avérée de propagation de la résistance aux antibiotiques. Traiter les animaux d’élevage par des antibiotiques peut également s’avérer préjudiciable pour la santé des agriculteurs car ceux-ci peuvent être infectés par des bactéries résistantes provenant des animaux et les transmettre à d’autres personnes. Plusieurs études ont mis en évidence des taux élevés de transmission du SARM entre animaux et travailleurs agricoles. (ref.39)

Des bactéries résistantes provenant de l’homme ont été retrouvées dans des stations d’épuration des eaux usées, dans l’eau traitée rejetée dans l’environnement et dans du lisier épandu sur des terres agricoles. Dans les pays en développement, les concentrations les plus élevées d’antibiotiques et de bactéries résistantes sont relevées dans les effluents des hôpitaux et des sites de fabrication des médicaments. (ref.40)